Le blog du groupe Utopia-666, consacré à la culture et à la liberté d'expression, contre la connerie qu'essaie de nous transmettre le journalisme arabe d'aujourd'hui!
En Égypte, la "Journée de la colère" a pris fin dans le sang. Épilogue prévisible, trois manifestants sont morts à Suez et un policier a été tué au Caire, place Tahrir, centre des manifestations. Le bilan des services de sécurité ne dénombre pas les blessés, mais on pouvait les compter par dizaines, mardi 25 janvier, après un face-à-face de 15.000 manifestants et de 30.000 policiers antiémeute. Le régime Moubarak n'a jamais connu un tel déferlement populaire. Il y a eu la révolte des conscrits dans un passé lointain et les émeutes du pain en mars 2008, mais jamais, les rues du Caire n'avaient résonné de tels slogans : "Moubarak, dégage !" ou "Le peuple veut la fin du régime". D'autres manifestants, au Caire comme à Alexandrie, Suez ou Assiout, ne se privaient pas de lancer : "À bas Moubarak !" Armée loyale à Moubarak Le modèle tunisien a certainement inspiré cette révolte, contenue depuis plusieurs années. D'ailleurs, certains manifestants ont tenu à le souligner en portant des drapeaux tunisiens, ou des pancartes : "La Tunisie est la solution". On pouvait aussi retrouver les exigences tunisiennes : "Pain. Liberté. Dignité". Reste qu'il est difficile d'imaginer qu'Hosni Moubarak connaisse le sort de Ben Ali. D'abord parce que le régime égyptien est beaucoup plus fort que le tunisien. Le raïs est soutenu par une armée très loyale, dont sont issus tous les chefs d'État depuis la révolution de 1952. Il est également soutenu par un système sécuritaire très puissant. Le 24 janvier, le ministre de l'Intérieur, sourire aux lèvres, déclarait au journal gouvernemental Al-Ahram : "Nous ne tolérerons pas le moindre débordement." Les policiers avaient cependant ordre de ne pas adopter de mesures graves ; en d'autres termes, de ne pas se servir de leurs armes à feu. Espaces d'expression maîtrisés De fait, le 25 janvier, les membres des brigades antiémeute se sont contentés d'utiliser les gaz lacrymogènes et les canons à eau. De leur côté, les manifestants n'ont pas cherché à incendier de voitures ou à détruire les devantures de magasins. Il y a eu, d'une part comme de l'autre, de la retenue, ce qui n'a certes pas empêché les morts. Une reprise des manifestations - mercredi de nouveau à l'appel de l'opposition ou vendredi à la sortie des mosquées - est très possible. Mais elle devrait alors être contrôlée et considérée comme entrant dans le cadre de la marge accordée à l'exaspération populaire. Pour le politologue Dia Rachwane : "Égypte possède un régime subtil, qui ménage des espaces de liberté d'expression, tout à fait maîtrisés, qui permettent d'évacuer l'exaspération populaire." De toute évidence, Hosni Moubarak ne sera pas forcé d'abandonner le pouvoir, mais il devra faire des gestes : "Changer de gouvernement, accorder plus de liberté... Il ne suffira pas de ne pas augmenter le prix des denrées alimentaires de base. Les manifestants n'étaient pas des Égyptiens pauvres, mais des adeptes de Facebook", dit Mounir Abdel Nour, secrétaire général du Néo-Wafd.