Le blog du groupe Utopia-666, consacré à la culture et à la liberté d'expression, contre la connerie qu'essaie de nous transmettre le journalisme arabe d'aujourd'hui!
. Avez-vous déjà pris un coup de poing dans l’estomac? Le souffle coupé, une douleur indéfinissable, quelque part entre le mal physique et le maux psychologique, et cette volonté un peu pathétique de s’en remettre aussitôt, de ne pas perdre face. The chaser est un gros coup de poing dans l’estomac; une redéfinition du thriller que l’on sentait entériné et (sur/sous-)codifié. Et l’intelligence du jeune Hong-jin Na, alors encore élève d’une école de cinéma, est d’avoir réécrit le genre en toute modestie, en œuvrant en son sein tout en s’en distançant, sans jamais oublier l’exercice de style. Poisseux comme un prospectus lynché par la pluie, The Chaser se rompt prodigieusement au premier tiers, comme si un premier film venait de s’achever, juxtaposant l’art de l’ellipse (on entre en plein cœur d’un mystère, la disparition des filles) et celui du montage. Véritable emblème de la rupture et de la contre-rupture de rythme (la poursuite en pente montante, étouffante), de ton (la satire burlesque qui scie l’horreur) et de genre (du thriller pur, on vire à l’investigation cauchemardesque), The Chaser, comme tout grand thriller, de Soupçons à Usual Suspects, du Voyeur à Se7en, malmène les idées de Mal et de Bien, plus prosaïquement du « gentil » et du « méchant », en les confondant et les associant, Joong-ho et Young-min étant tous les deux en marge de la société et de la loi. Loi qui, selon Hong-jin Na, marche sur la tête, sur la tête des filles/proies bientôt ou déjà assassinées, tant celle-ci baigne dans l’incohérence et l’impuissance – ce qui la rapproche ironiquement de Young-min. Car ici, tous les protagonistes et l’ensemble des institutions se retrouvent inexorablement liées, confrontées aux bassesses de la nature humaine et à l’aberration d’un système. La loi juridique et la loi de la rue se rencontrent d’ailleurs dans un final fracassant, où puissance et impuissance ne font plus qu’une, une même entité de refoulement et de défoulement, une violence qui se réclame autant de la justice que du défouloir. Quintessence du thriller et exercice de style flamboyant, The Chaser, a contrario de Se7en qui en avait vandalisé les codes, honore le genre d’une œuvre qui marque autant qu’elle compte. .